14.09.2007

lettre à moi-même n°5

Lettre à moi-même,

Il y a comme cela des moments où tu as besoin de t’écrire pour y voir un peu plus clair.

En cinq semaines, tu as reçu ce que tu rêvais d’avoir depuis toujours.

Et si tu te sens en ce moment « protégé » (tu sais qu’il ne peut rien t’arriver). Peut-être as-tu trouvé ce point qui fait que ne tu doutes plus. Tout autant pour trouver une place de parking que pour surmonter une difficulté professionnelle. Tu n’as plus peur, et tu trouves.

Ou plus précisément, les choses t’adviennent.

Et probablement même cette histoire de huissier qui te demande de l’argent pour des loyers que tu es persuadé d’avoir payés ? ce pour quoi tu n’as aucune preuve (et en écrivant ceci tu comprends que beaucoup vont se demander ce que c’est que ce bordel mais tu peux tout expliquer).

La Dame est une merveille et votre rencontre aussi. Tu as même reçu hier un cadeau d’une amie à elle qui ne te connaît pas. Un cadeau qui te remercie d’exister pour la Dame. Il y a comme cela des choses qui te font parfois croire en l’être humain.

Tu apprends à te voir tel que tu es. Les ombres et les lumières. Il y a une pratique bouddhiste semblable.

Et si tu regardes objectivement, tu ne peux qu’observer qu’ELLE te manque. Tu te remémores alors tout ce qui n’allait pas. Toute ta désespérance de l’époque. Les engueulades, les crises. Et puis tu te rappelles aussi de vos moments de grâce, et là tu es triste, terriblement triste. Et à cette tristesse s’ajoute le remords vis-à-vis de la Dame et le manque. Tu ne comprends pas, mais à qui en parler ?

Il y a des deuils terribles à faire. Et celui-ci tu n’y arrives pas. Et la Dame le sent. Comme hier soir où elle t’a demandé si tu avais appelé ELLE parce qu’elle avait senti alors comme une rupture dans le champ énergétique qui te relie à elle. Et en effet, tu l’avais appelée.

Tu voudrais pouvoir dire « c’est fini ». Ne penser qu’à la Dame. Mais tu n’y arrives pas. Et tu souffres de cet état de fait.

Tu compares l’incroyable plénitude de cette relation avec le conflit récurrent de l’autre. Tu te dis qu’il n’y a pas photo. Et pourtant. Tu ne comprends pas.

Alors tu te concentres sur la Dame.

Tu sens encore les contractions de son corps autour de ton sexe. Il y a avec elle quelque chose au-delà de la simple sexualité. Quelque chose de l’ordre du vibratoire. Comme hier soir où vous vous êtes retrouvés le soir, exténués de votre journée et de votre semaine, alors qu’à une heure de la nuit vous étiez encore en train de faire l’amour pour la deuxième ? Troisième ? ou quatrième ? fois, et ce matin à nouveau…

Quelque chose qui vous dépasse. Et c’est si bon. Elle t’oblige à être mâle. Décideur, presque taurin dans l’étreinte. Et tu adores ça.

Et puis tu as peur. Que tout cela s’arrête. Parce qu’en un mois et demi vous avez fait le chemin que certains couples mettent dix ans à faire. Comme si c’était cette plénitude même qui t’effrayait.

Et tu penses à cette phrase de Christiane Singer qu’elle t’a envoyée :

"L'œuvre qui t'était confié n'était pas l'autre, c'était toi! C'était à ton humanité, à ta loyauté que tu étais invité à travailler, pas à celles de l'autre ! L'espace qui t'était confié était seulement le lieu où tu te tiens débout- le lieu où chaque jour de neuf ta fiabilité est mise à l'épreuve....."

Tu lui as répondu que tu « essayais d’habiter ta maison pour mieux vous vivre ».

Que dire de plus que cet échange qui en dit si long sur là où vous en êtes. Si hauts, si beaux, si proches et si distincts en même temps ?

Mais il n’y a pas que ton privé qui t’inquiète. Tu as entendu à la radio. Ce projet de loi de fichage génétique des demandeurs pour le regroupement familial.

Et là tu te sens la honte. La honte et la rage. L’incompréhension et la colère. Au début tu n’y as pas cru. Cela était pour toi impossible. Et puis si. Comme Heurteufeux qui rappelle les préfets qui n’ont pas fait assez de chiffre à l’ordre. Le retour des rafles.

Une honte. Quand celui qui n’est pas exactement comme toi est potentiellement un délinquant. Homme, femme ou enfant.

Et là, tu ne doutes plus. C’est notre humanité même que ces gens sont en train de détruire si l’on n’y prend pas garde…

Mais tu sais que chaque atome de colère t’éloigne de toi-même.

Alors tu te calmes.

Tu penses à l’intensité de ta vie en ce moment. Aux cadeaux que tu as reçus. Et tu dis merci.

29.03.2007

lettre à moi-même n°4

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Mon cher moi-même,

Tu te faisais la réflexion hier soir en regardant une émission à la télévision (il s’agissait d’une sorte de radio crochet où des jeunes gens d’à peine vingt ans faisaient preuve d’un talent, d’une maturité, et surtout d’une CONFIANCE en eux, proprement stupéfiante) tu te disais donc, que décidemment tu manquais de confiance en toi.

Tu te faisais la réflexion qu’il y a des êtres qui ne semblent douter jamais. Ils avancent dans la vie, structurés autour d’un noyau stable qui, si l’environnement bouge, lui ne bouge jamais. Il te semble te rappeler qu’un psy aurait nommé cette capacité à la confiance « Le holding » : ce qui tient, ce qui retient les choses ensemble, ou quelque chose comme ça.

Toi, du plus loin que tu te souviennes, tu as le souvenir d’une sorte de béance, de quelque chose de fragile qui t’incite au doute et à une sorte de perpétuelle fragilité émotionnelle qui t’as joué bien des tours. C’est ainsi, il y a ceux qui ne doutent jamais, et il y a les autres. C’est une sorte de grande loterie. Les uns réalisent souvent de grandes choses et passent peut être parfois à côté du sensible, les autres si ils réalisent moins de choses, sont contraints par stratégie à vivre sensibles. Leur fragilité pour handicapante qu’elle soit étant comme une plaque sensible tournée vers le réel.

Tu te disais dans le même temps que tu réalisais malgré tout de belles choses. Tu as fait quelques beaux spectacles, quelques beaux textes, deux beaux enfants (mais là tu n’étais pas tout seul), tu as vécu de belles rencontres, exerce un métier que beaucoup t’envient, tu as de belles amitiés. Certains et certaines t’appellent quand ils pleurent ou quand ils doutent, et souvent (pas toujours) tu trouves les mots qui les réparent. Tu as vécu quelques belles et bonnes choses.

Tu t’occupes bien des autres, et  c’est souvent ce que l’on attend de toi. Beaucoup te disent que tu aurais du être soignant, écoutant,  ou quelque chose comme ça.

Tu as lu des livres à ne plus savoir qu’en faire. Et si tu faisais le vœu, là maintenant, de devenir heureux, tu SAIS ce qu’il conviendrait de faire. Mais tu ne le fais pas. Tu te poses souvent la question de ce pourquoi d’ailleurs.

Hier soir, donc, tu te disais que si tu n’avais pas cette fragilité en toi, si tu te faisais un peu plus confiance, ta vie serait toute autre. Tu t’es dit qu’il te faudrait apprendre à t’aimer plus, et surtout à colmater cette béance qui t’habite et qui te contraint à te fabriquer une sorte de cocon protecteur, à poser une distance au monde, pour ne pas trop t’effrayer.

Tu aurais envie d’être à la hauteur de ce qui t’habites et te meut.

Tu voudrais te faire un serment, ou plus simplement, une promesse. Celle t’apprendre à t’aimer plus et de trouver en toi la voix qui t’apaisera et te confortera quand le doute, la fatigue et la peur pointeront leurs museaux.

T’écrire cette lettre, t’incite à le faire, alors voilà répète après moi : « Je me fais la promesse de m’aimer d’avantage, et de trouver en moi la CONFIANCE pour ne plus avoir peur et avancer sans trop d’encombres sur mon chemin. Je me fais la promesse…. »

Je t’embrasse, n’ai plus peur.

Ton cher toi-même.

 

21.03.2007

lettre à un artiste imaginaire

Hier, j'organisais dans le cadre de mes fonctions professionnelles (oui, oui, je n'en parle jamais mais lorsque je ne suis pas conteur, j'ai un autre boulot que j'aime (parfois) et qui a l'avantage de me faire vivre), j'organisais donc un atelier slam dans un collège.

Les adultes présents participant au même titre que les élèves, nous avions pour consigne d'écrire un texte sur l'amour, et/ ou la violence, ou sur... le foot. Bien sûr, j'ai choisi l'amour, en déclarant que je m'y connaissais plus en amour qu'en foot, ce qui m'a valu du coup un intérêt croissant de la part des professeurs femmes... (Quant aux textes écrits par les élèves ils furent magnifiques et très émouvants, loin des caricatures "ados de banlieue").

Comme j'aime bien le texte que j'ai écris, je le mets donc ici. C'est une lettre à un artiste imaginaire.

Mon cher Jean,

Vous souvenez vous de moi ? Nous nous étions rencontrés il y a quelques semaines à l’issue d’un de vos spectacles ; celui sur l’amour.

Je vous ai avoué avoir bu vos paroles comme le buvard boit l’encre.

Vous parlez si bien de l’amour. De ses visages si différents, de la manière masquée avec laquelle parfois il se montre, de ses ruses, de ses manières avec lesquelles il peut tant vous briser le cœur que vous envoyez vers les étoiles. De sa violence aussi parfois.

Oui, l’amour peut être violent, voire destructeur, et certains fous osent même affirmer violenter avec amour ! Et cela m’interroge.

Peut-on qualifier d’amour ce qui peut faire mal et détruire, alors que l’amour devrait être lumière et construction de l’un avec l’autre ? Peut-on encore parler d’amour devant ces couples à l’ennui profond ?

Il faudrait inventer de nouveaux mots pour dire les facettes de l’amour. L’amour tout court, l’amour d’une mère et son enfant, l’amour complice, l’amour amical, l’amour fou, l’amour sensuel, l’amour passion, l’amour compagnonnage, l’amour fraternel, l’amour mystique, l’amour qui vous dévore, l’amour qui simplement et doucement vous pince le cœur, l’amour qui vous remplit, l’amour qui vous vide…

Tant et tant de visages de l’amour !

A l’extrémité nord du monde, les Inuits ont 80 mots (je crois) différents pour désigner la neige, selon qu’elle soit fraîche, dure, de printemps, d’hiver et que sais je encore… 40 pour désigner les rennes selon leur âge, leur sexe, qu’ils aient eu des petits ou non, que leurs bois soient tombés…

Et nous, nous n’avons qu’un mot pour l’amour, un mot si galvaudé et en même temps si précieux.

On ne dit jamais ces simples mots : « je t’aime » sans de considérables conséquences n’est-ce pas ?

Mon cher Jean, vous qui parlez si bien de l’amour et l’écrivez si bien, pourriez vous s’il vous plait nous proposer d’autres mots ?

Car il est dit parfois, que les choses n’existent vraiment que lorsqu’elles disposent d’un mot pour les désigner. Ce qui n’a pas de mots pour le dire n’existe qu’à la lisière de la conscience, ce qui est déjà beaucoup me direz vous…

Je m’arrête là pour aujourd’hui. Je vous remercie de l’attention que vous aurez portée à cette lettre.

A bientôt de vous lire.

Bigfish

 

04.02.2007

lettre à moi-même n°3

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Mon cher moi-même,

Tu fais trop de choses. Fais attention à toi. Trop de tout, le niveau monte et ta tension aussi. Tu as passé une partie de ta vie à souffrir d'une sorte de lymphatisme chronique, ne bascule pas dans le travers inverse.

Mais il te semble ne pas avoir le choix. Un boulot en ce moment délirant où les emmerdements, pour reprendre la célèbre expression, volent en escadrille à un point même pas imaginable, un spectacle à finir, un déménagement à préparer, une com à lancer pour ton activité de conteur, tes interventions de formateur, tes enfants, tes retrouvailles avec une amie perdue de vue depuis 13 ans (mais sur ce point tu reviendras tant une fois de plus la preuve est faite que la vie est tissée de miracles qu'il suffit de vouloir)...

Si tu devais écrire tout ce qui s'est passé cette semaine, il te faudrait des jours.

Ta relation avec ELLE s'en va à nouveau vers de désolantes contrées. T'entendre dire en une seule soirée, et sur le ton le plus badin qui soit, "qu'ELLE était pleine de colère envers toi d'être parti", "qu'ELLE prenait de ce fait ses distances", "que c'était comme ça, qu'en ce moment, ELLE n'avait pas de désir", pour toi s'entend, a suffit à t'accabler. Toute ces remarques, puisque dites, sont bien sûr légitimes, mais décidemment t'abiment. Quand une relation à ce point ne connaît plus de légéreté, autant en tirer les conclusions. Tu sais très bien pourtant que si ça se trouve, dans 15 jours tu écriras que cette histoire est merveilleuse. Mais tu te dois bien de reconnaître que ces secousses t'épuisent bien plus que de raison.

Ton spectacle a peu avancé et cela t'épuise aussi. Tu voudrais pouvoir y consacrer toute ton énergie, et ne reste pour lui que les restes du contraint. Tu sembles en grand écart perpétuel, prends garde au clacage. Et puis cete angoisse, que tu connais si bien maintenant, de se demander comment tout cela sera perçu. Peur que tout le monde trouve ça chiant, ou abscon, (ça ne t'ai jamais arrivé jusqu'alors, mais va savoir...)

En découvrant ta fille faisant ses devoirs en recherchant sur internet tout en cherchant et écoutant des vidéos sur Daily Motion, et tout en discutant avec son frêre (encore heureux, MSN était fermé), tu crois avoir compris pour de bon, une des causes de la fatigue et de la lassitude de cette génération et de nos sociétés en général. Tout le monde fait plusieurs choses en même temps. Sans être vraiment quelque part, se saturant l'esprit d'une illusion d'intensité qui n'est qu'une activité frénétique dans un ciel vide.

Il faudrait réapprendre à nos enfants à ne faire qu'une seule chose à la fois, en s'y consacrant pleinement.

Ainsi, nous l'apprendrons pour nous-mêmes. Déclaration cocasse, admets le, lorsque tu relis ce que tu as écrit au début de ce texte. Mais c'est ainsi, la vie va par à coup, les choses deviennent claires lorsque l'on s'y attend le moins.

En écrivant ceci, tu repenses à quelques mots que tu as écrits cette semaine, à la va vite :

"Je porte parfois le poids d'un monde dont je suis seul responsable.

Il conviendrait alors de m'alléger. Chaque gramme en son temps.

Trouver ce point qui ne pèse rien et qui n'est qu'un espace de lumière".

Trouve le ce point, trouve le...

Je t'embrasse.

Ton beau toi même.

19.12.2006

la lettre qui le dit

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Coquelinette, sur son site, propose un concours de lettres d'amour, comme au temps jadis.

J'en ai donc écrit une. Et dans la mesure, où pour une raison technique toute bête, je n'ai pas réussi à la lui envoyer, et qu'elle me plait, je la mets donc sur mon blog.

Ma douce et brulante,

Comment vous le dire ?  

Chaque visage croisé dans la rue, chaque film vu, chaque moment de la vie me ramènent à vous-même.

Vous êtes partout. Dans chaque recoin de ma vie, dans chaque note qui m’habite, dans chaque magasin où je me rends.

Ce doit être le propre de l’amour. De se perdre ainsi dans les reflets de l’autre comme en un palais des glaces surmultiplié.

De mon esprit vous ne sortez jamais.

Je vous revois encore, l’autre soir, à cette soirée festive et amicale. Je ne savais pas si vous étiez invitée, mais je savais vous y trouver. L’amour a de ces certitudes irrationnelles qui vous ouvrent des espaces où l’âme enfin peut respirer.

Vous qui ne portez habituellement que des tenues de tous les jours, vous étiez ce soir là, vêtue d’une robe vert clair, laissant deviner la finesse de vos courbes et l’échancrure ivre de vos seins.

Vous sembliez absente, au monde et à vous-même. Picorant plus que mangeant, sirotant plus que buvant au fil des plats et verres rencontrés.

Nous nous connaissons depuis si longtemps. Vous, vos amours, vos déboires. Moi, mes amours, mes revers.

Ce soir là, je n’ai pu voir que vous. Pour la première fois, comme une évidence trop longtemps refoulée. Ce visage, cette voix, ce corps, cette âme que je connais si bien, ne sont pas ceux d’une amie. Ils appartiennent à une femme, ignorée, méconnue, que j’aime depuis toujours.

Pauvre fou aveuglé de ne l’avoir pas vu.

Je vous aime. Oui. A en perdre la tête, et tout sens de la mesure. Vous m’habitez mon Ange. Mon cœur est votre demeure. Il faudra bien m’y faire.

Nous avons discuté de choses, et d’autres encore. Nous avons dansé aussi. Et pour la première fois, j’ai senti de ce trouble, qui enfin disait si fort son nom, et qui nous troublait au plus profond du corps.

Nous ne nous sommes rien dit. Tout, d’un coup, comme un drap que l’on déchire, était clair.

Le temps perdu cognait dur sur nos tempes, pauvres idiots, ignorants de l’amour.

Pour la première fois, je vous ai pris par la taille. Dans le couloir, derrière vous, je me suis enivré de l’odeur de votre nuque légèrement transpirante, mêlée de votre parfum. J’étais comme une bête aux aguets, le printemps dans les veines.

Nous avons prétexté le besoin de prendre l’air.

Sous le porche, si proche, vous avez pris mon visage entre vos mains et porté vos lèvres aux miennes. Que vos lèvres étaient douces et chaudes comme chatte au soleil…

J’ai laissé enfin mes mains courir sur votre dos, s’enhardir sur vos fesses. Vous avez sans doute, pour la première fois, senti mon sexe dur contre votre ventre.

Nous n’avions alors plus rien à tricher. Baignés de cette évidence de l’amour et du désir.

J’ai doucement remonté votre robe vers le haut. Touché enfin vos fesses nues, pendant qu’impatiente, vous sortiez de mes vêtements ce sexe dur qui n’attendait que vous.

Le reste appartient à la mémoire des siècles et de l’humanité. Vos seins, votre sexe, votre ventre si doux, mon corps…

Je n’ai pas joui en vous. Non. J’ai joui de par le monde et l’espace. Au delà de mon corps et de mon âme. Dans quelque chose d’immense et matriciel, où seuls, nos cris résonnent.

Nous avons croisés de nos regards brulant. Emplis d’une évidence absolue.

Nous nous aimons mon Ange, en sachant désormais toute dérobade impossible.

Je nous souhaite d’être à la hauteur de l’amour qui nous habite. De ne pas décevoir cette grandeur qui nous taraude. En mon corps, en mon cœur, en mon âme, en chaque cellule, vous êtes.

Vous n’avez pas pris ma place. Vous êtes juste en moi, une autre qui demeure.

Je vous aime.

 

05.09.2006

lettre à moi-même 2

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Mon cher moi-même,

Non, en ce moment tu ne dis plus rien. Plus de mot.

Tu te sens tellement perdu.

On parle de l'amour souvent comme quelque chose venu de nul part, d'un coup, et qui s'impose.

Pourquoi ne dit on pas qu'il en va du désamour comme de l'amour ?

Un jour, il vous surprend. Et pour quelques minutes, quelques heures, quelques jours ou pour toujours, il s'impose.

Et l'on perd de ces élans de l'âme et du coeur dont tu as tant besoin.

Tu as besoin pour te sentir vivre, de grands ciels, de révélations, de ciels foudroyés et de sentiments plus forts que toi.

L'autre soir, tu lui as dis. A ELLE.

Que ça ne pouvait continuer comme ça, cette période flottante qui n'en finit plus. 7 ans déjà, d'atermoiements, de tentatives de vie commune échouées, de disputes, de larmes, mais aussi de complicité, de tendresse, d'intérêts communs, de partage des corps (bien loin d'être assez fréquents à ton goût, ELLE le sait d'ailleurs).

Tu lui as dis. Que soit vous trouviez une solution pour construire à long terme, soit il fallait mieux arrêter et se séparer.

ELLE t'a dit qu'ELLE t'aimait. Cela t'a fait étrange, elle ne te l'avait pas dit depuis tellement longtemps. ELLE a souffert de tes paroles.

Le lendemain matin après une mauvaise nuit, tu t'es réveillé avec ces mots lancinants dans la tête : "tu as fait le mal, tu as fait le mal".

Tu ne supportes pas de la faire souffrir.

Tout à l'heure, ELLE est venue. Le visage tiré par deux nuits d'insomnie sans doute, ELLE venait d'avoir un accident (heureusement pas grave) en voiture.

ELLE t'a même proposé (pour te garder ?) de garder son appartement pour les enfants (qui maintenant sont grands) et que vous achetiez une petite maison à deux.

Qu' ELLE te propose cela, tu en as tellement rêvé, depuis si longtemps.

Mais là, après ce si long chemin, tu te sentais presque insensible au point de tergiverser, de ne savoir quoi dire, de botter en touche.

Toi et ELLE ensuite avez fait l'amour. Bien sûr comme si souvent, ELLE n'avait pas trop envie, trop de fatigue, dit ELLE.

Et puis ELLE a joui fort (et toi aussi) après un corps à corps âpre, où ELLE semblait vouloir se perdre, se dissoudre, perdant toute retenue. Tu aimes quand les mots crus de l'amour vous échappent. Tu as adoré "lui bourrer le con" pour reprendre ses mots.

Après l'orgasme, ELLE a pleuré. Longtemps. Laché les vannes. Toi, quand bien même ce ne fut pas la première fois, tu ne savais que faire.

Tu l'aimes avec tendresse, tu veux la protéger, la soustraire à ses démons. Et là, depuis quelques temps, tu ne l'aimes plus assez pour envisager une vie avec ELLE.

L'arrêt de l'alcool (deux demis verres de rosé en deux semaines) a d'abord, comme une anésthésie qui s'estompe, réveillé toutes les douleurs. Puis, par un étrange phénomène de rebonds, endormi nerfs, coeur et âme.

Tu te sens vide. Efficace. Mais vide.

Comme si sa présence, son ombre, t'avaient quitté de ton dedans, pour laisser une chambre vide.

Tu voudrais tant lui dire "oui mon Amour, tout ce que tu veux, là tout de suite".

Mais les échecs, la raison, le poids de l'avant pèsent, et reviennent, harcelants.

Dans le même temps, tu le vois bien.

Que tu recommences à remarquer que tu plais, à "t'intéresser". Aux femmes, dans la rue, au travail.

Sans savoir si tout cela n'est qu'une ultime dérobade à toi même, ou a contrario, le signe d'un retour vers toi.

Tu voudrais tant avoir toutes ces réponses, pour ELLE, pour toi.

Tu cherches de vraies paroles, qui pourraient confronter les tiennes.

Tu viens d'acheter "Une Vie Bouleversée" de Etty Hillesum. A force d'en entendre parler, et de lire tant de coeurs et d'âmes bouleversés à sa lecture.

Tu n'y trouveras sans doute pas la réponse à ton amour qui s'estompe.

Tu aimerais tant, comme un lit que l'on refait en ramenant d'un geste lent les draps vers le dessus, que cet amour revienne, ardent, joyeux, comme aux premiers jours de sa vie.

Tu aimerais tant, pour ELLE, pour toi ?

Prends soin de toi. Veuille à écouter tes voies intérieures les plus sûres, si tant est que tu les trouves.

Tu dis croire aux signes. Echine toi à voir les bons.

Je t'embrasse.