03.07.2008

L'homme au bois dormant

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"L'histoire du monde serait plus juste si l'on tenait compte de l'histoire des dormeurs et de leurs songes".

Henry Bauchau

30.06.2008

un souvenir d'adolescence

Il était tard samedi soir. Je sortai d'un spectacle pour raison professionnelle.

Je roulais d'une banlieue à une autre pour rejoindre la Dame.

A la radio, il y a eu une chanson. Au début je me suis dit "tiens c'est pas mal", et puis ça dure. Et puis l'on sent comme un frisson, une tristesse qui vous rattrape, celle de son adolescence.

Et ça dure encore, jusqu'à ce que, peu à peu, l'on sente les larmes nous monter jusqu'aux yeux, tellement ce texte on aurait pu l'écrire nous-mêmes, peut-être pas dans tous les détails, mais dans l'essentiel, ça c'est sûr.

Une diction parlée-chantée, une sorte de Coney Island à la française.

Je suis arrivé chez la Dame. Là j'ai fait une pause d'amour. Mais le lendemain, je suis allé voir qui c'était : Mendelsson, 1983 (Barbara).

Je l'ai trouvé sur Deezer. Je l'ai réécouté, plusieurs fois, parce que parfois fatigue aidant on peut se laisser embringuer dans un truc qu'on regrettera plus tard. Et puis non.

Alors je l'ai mis comme musique d'accueil sur ce blog.

Ca dure un peu de 10 minutes.

Ecoutez. Moi j'ai vu défiler une partie de la première moitié de ma vie...

25.06.2008

enfin un soir chez moi

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photo Karine Gruseau
Quoi que je fasse, je ne percevrai jamais qu'un petit milliardième de la splendeur du monde.
Avez-vous déjà vu la fleur d'un baobab de Madagascar s'ouvrir ?
Je supporte de moins en moins les contraintes de ce monde. Envie de décélération, de décroissance.
Car enfin, la vie se résumerait-elle à une traversée en aveugle, parsemée de loisirs, de plaisanterie, de soirées télé, de conventions sociales, de matchs de foot avec ses enfants ?
Au moment de notre mort que nous disons-nous alors ?
Je perçois avec de plus en plus d'acuité l'aveuglement de ce monde. On veut rire, s'enivrer (et moi le premier), s'amuser, oublier. Une course folle pour ne pas voir la réalité de notre impermanence, et derrière, la magnifiscience, l'incroyable cohérence et complexité organisée de notre univers.
Notre capacité de conscience est probablement illimitée et nous nous complaisons à lui imposer de très jolies barrières blanches, comme dans les centres équestres en Normandie. Mais qu'est-ce donc que ces jolies barrières blanches à côté d'un cheval libre se mouvant dans le brouillard d'un petit matin en Mongolie ?
Que passons-nous notre temps à fuir ?
Sans doute est-ce là notre ultime et essentielle responsabilité entre notre naissance et notre mort : élargir notre conscience au delà de nous-mêmes, aller plus loin que ce que nos supposées contraintes nous imposent. Nous pouvons bien sûr toute notre vie ressasser les mêmes peines et les mêmes plaisirs, mais alors, que nous dirons-nous au moment de mourir ?
Rien ne va de soi, surtout pas mourir. Je clame partout haut et fort (c'est le cas de le dire)  que je suis clair par rapport à ça. A bien y réfléchir je n'en suis pas si sûr. Je n'exclus pas de mourir demain d'un accident idiot. Et alors quel sera le sens de tout ça ?
Je n'ai rien terminé et loin d'avoir tout commencé.
Je me souviens.
D'un concert de Claude Nougaro à Toulouse. Autant dire chez lui. Il venait de rencontrer sa dernière femme, et il a dit au public pendant un concert : "et maintenant je voudrais vous présenter la femme de ma mort".
Il ne s'était pas trompé. 25 ans plus tard, ce fut bien la femme de sa mort.
Pourrais-je dire ici, et quitte peut être à me tromper un jour, que je crois bien l'avoir rencontrée ?
Et alors, la question se pose : qu'est-ce que je veux faire de ma vie jusque là ?
Ouvrir, creuser, élargir, approfondir,
ne pas fuir,
ne pas s'aveugler,
regarder bien en face,
s'abandonner.

20.06.2008

une carresse

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- "Vois-tu Jean, si tu devais manifester ta tendresse à quelqu'un en le touchant, quelle zone de son corps toucherais-tu ?

- La zone située juste entre les omoplates. Parce que c'est la seule qu'un être humain ne puisse toucher par lui-même. Ainsi saura t-il qu'en cet instant il n'est pas seul".

(Phrase venue dans un café en attente d'une réunion de travail qui s'avéra mortelle et très tardive. Une manière de recentrer les choses...)

18.06.2008

à la maison de retraite médicalisée

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Elle a plus de 80 ans et beaucoup de soucis de santé. Elle est en maison de retraite médicalisée depuis quelques mois, pèse 32 kilos, a le visage de plus en plus ridée, de plus en plus émaciée.

Elle ne peut presque plus marcher si ce ne sont quelques pas avec un déambulateur pour aller au toilettes. De cette usure du corps émerge deux grands yeux sombres intacts à l'énergie farouche.

Elle entend très mal mais peut -dieu soit loué- encore lire. Elle perd des bribes de sa mémoire sans s'en cacher d'ailleurs. Elle dit souvent qu'elle en a assez même si la force dans ses mains dit très exactement le contraire. Sa chambre est minuscule et donne sur un petit parc d'où l'on entend des bribes d'un groupe de rock répétant au loin.

Elle nous raconte que pendant le repas pris avec les autres pensionnaires (on la descend en fauteuil roulant) les autres ne lui parlent pas parce qu'il est dit d'elle "celle là de toute façon elle entend rien". Ce à quoi elle ajoute malicieuse "remarque vu le peu que j'entend, je préfère encore ne rien entendre !".

Elle nous imite aussi son voisin parckinsonien qui lui envoie la moitié de son assiette dans la sienne "tu vois je suis obligé de mettre une serviette sur mes genoux et devant moi à cause de lui ! Et imagine quand il y a des petits pois !"

Elle nous dit la dame d'à côté alzheimer qui se trompe tous les soirs de chambre et prend ses affaires pensant qu'elles sont les siennes, de l'autre dame en face, également alzheimer, qui à longueur de journée et de nuit parfois, crie et gémit.

Elle préférerait tant retrouver son chez elle, mais admet qu'après son accident vasculaire cérébral et les deux jours et une nuit passés par terre dans sa cuisine à espérer que quelqu'un vienne, ce n'est plus possible.

Je mets les mains sur son lit et sens étonné une vibration, on m'explique que c'est un lit anti-escarres, je joue un moment avec une sorte de pince au bout d'une tige permettant d'attraper les choses lorsqu'elles tombent.

Comme à chaque fois elle me serre fort dans ses bras au moment de se dire au revoir, acceptant tous les deux que ce puisse être la dernière fois.

Emu je sors, prends l'ascenseur, me retrouve dans le hall en bas.

Là, une vingtaine de vieillards assis sur des chaises disposées en un carré ouvert sur un côté. Ils sont côte à côte, ne se parlent pas et regardent dans le vide. Je me dis qu'ils regardent la télé, mais non, ils ne regardent rien. Ils est 17h15, ils attendent le repas de 18h00 dans un silence de... mort.

Et je me dis alors que l'enfer doit un peu ressembler à ça, que je préfère encore la solitude bravache de ma grande tante Simone à ce désastre là.

Et cette phrase surgit au hasard d'un rêve et qui m'obsède ces derniers temps : "A défaut de sortir de la forteresse, au moins arriverons-nous à marcher sur les remparts..."

17.06.2008

une pensée

Je vous en prie, allez  (note du 16 juin 2008)

Parce que je crois dans le fait que penser fortement à quelqu'un peut lui faire du bien.

Vous y lirez par la même occasion un texte bouleversant et, sincèrement, un des plus beaux que j'ai pu lire.

Et puis aussi cette phrase, que je souhaitais mettre sur ce blog depuis un moment, et qui en l'occurence trouvera toute se place aujourd'hui :

"Il importe d'être tenace dans sa vision poétique".

Cette phrase Ardente Patience, me fait songer à vous... 

PS j'avais oublié qu'il fallait un mot de passe pour accéder à son blog. Mais je laisse quand même cette note comme trace de ma pensée pour elle...

09.06.2008

laisser reposer parfois

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Le lendemain matin de la note précédente dans laquelle je narrais avoir vue ELLE à la télé, et la morsure par conséquent subie, une voiture m'a klaxonné sur la Francilienne (pour les provinciaux c'est une deux fois deux voies au travail démentiel) alors que je me rendais à mon travail, décalé par rapport à mes horaires habituels.

J'ai tourné la tête, c'était ELLE, avec un joli sourire et ELLE semblait heureuse.

Je me suis dit alors que malgré la mise à distance réciproque nous restions décidément toujours connectés.

Le soir même, allant faire des courses, j'eus la conviction que j'y croiserais une amie avec laquelle nous avions convenu par mail de nous voir prochainement. Évidemment qui vis-je au rayon fromages ?

Le lendemain encore plusieurs appels de personnes pas vues depuis des années et peut-être qui sait, quelques contrats à la clé...

Et l'après midi même, en regardant un spectacle, comme une évidence, m'est venu le sujet de notre futur spectacle avec la Dame et la nuit suivante dans un demi sommeil les premières lignes.

Je devrais pourtant le savoir et y croire un peu plus. Chacune de ces périodes "vides" est l'occasion d'un travail en profondeur, évoluant à mon insu et qui un jour porte ses fruits.

Du coup, pour l'anniversaire de ma mère, j'ai inventé une recette de gâteau :

Vous prenez une pâte feuilletée fraîche (vous pouvez prendre aussi sous cellophane mais c'est moins bien), un melon, des fraises, du sucre en poudre.

Vous étalez la pâte et la mettez si vous en avez un dans un moule en forme de coeur (ça ne change pas le goût mais c'est joli). Vous soupoudrez de sucre en poudre et laissez cuire environ 20 mn à 240°.

Sortez et laissez refroidir.

La pate ayant monté en cuisant, couper la en deux dans le sens de l'épaisseur (délicatement c'est fragile !). Sur le fond de tarte étalez du melon, soit coupé très fin, soit écrasé à la fourchette.

Par dessus disposez des fraises coupées en deux. Soupoudrez les de sucre en poudre.

Recouvrez le tout de la partie de pâte préalablement coupée.

C'est délicieux et léger.

Comme la vie peut l'être parfois...

PS : pour les bougies, il faut lire 5 + 2 = 7, plus 4 petites, soit 74 ans...

05.06.2008

tombé à terre

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 La tête d'une statue de Bouddha au milieu des ruines du Temple Erwang détruit par le tremblement de terre en Chine du 12 mai 2008
(AFP)

 
Il suffit de peu pour perdre la tête et tomber dans la poussière.
De peu pour s'éloigner de soi-même et du monde.
D'une simple faute d'inattention, d'un moment de désinvolture.
Il suffit de peu pour devenir le fantôme de soi-même.
Se perdre en ses miroirs, s'oublier sous si peu.
Pour que la poussière d'or suspendue dans l'éther retombe au raz des flaques.
Il suffit de si peu pour ne plus rien vouloir, têtes vides et mains vides.
De peu pour perdre l'envie des mots.
D'un moment tout à l'heure sur une télé locale
à voir ELLE souriante comme un fantôme entrant par effraction.
Une fin d'anésthésie, un réveil brutal.
Le comble du bonheur c'est qu'il vous rend responsable de vous-mêmes.
Car alors, plus de bouc émissaire,
plus de fautif montré du doigt, plus de bourreau désigné.
Tu souffres ? Tu manques ? Tu t'absentes ?
Prends-en toi donc à toi-même, puisque tout va si bien.
Semaines d'astreinte et de purgatoire.
Attendre que ce qui doit poindre advienne.
S'en remettre à dieu sait quoi
en attendant que la vie vous reprenne.
PS, et aussi se demander pourquoi cette plateforme refuse de prendre en compte les sauts de ligne et la photo centrée...

29.05.2008

préférence

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"Je préfère ce qui me touche à ce qui m'impressionne"

François Couperin

28.05.2008

un magicien qui fugue

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 "Les ailes du désir" Wim Wenders

 

Je me rends compte ces derniers temps que j'ai un vrai problème d'identité.

Beaucoup de choses à faire, peu de temps pour m'isoler, et très vite, "l'impression de me perdre", de me diluer, de perdre la relation avec moi-même.

Diverses réactions se mettent alors en place : plus de mots à écrire, plus de musiques, fuite de l'instant présent dans une stratégie vaine de récupérer un peu de cohérence et de présence à moi-même, difficulté à écouter, esprit papillonnant, sensation de vide intérieur, adieu merveilles et illuminations diverses... Plus rien ne chante, tout se plombe et parait vide, inutile. Comme si le magicien intégrateur qui parfois réside en moi se faisait la malle en laissant son fantôme à sa place.

Tout cela alors que d'autres sont comme des rocs. Quelque soient les situations ils restent "entiers", incarnés, connectés.

Moi j'ai besoin de m'absenter du monde pour me sentir revivre.

C'est une de mes fragilités, je me perds facilement (dans tous les sens du terme d'ailleurs).

C'est aussi pour cela que j'ai besoin d'être souvent seul, parce qu'à un moment d'une vie sociale trop intense, je ne sais plus ni qui je suis, ni où je suis. Comme si je n'arrivais pas à me garder entier, que je me morcelai...

Cela est vrai aussi pour ma vie amoureuse, ce besoin de m'isoler régulièrement, et difficile à expliquer qui plus est.

Un psy y trouverait surement de quoi assurer ses vieux jours. Pour ma part c'est quelque chose que je n'avais pas conscientisé jusqu'ici.

Et ce n'est pas fini : ce soir je joue à Paris, puis vais chez la Dame, demain soir je vais voir un spectacle puis vais chez la Dame, vendredi soir je travaille puis... rentre chez moi, samedi soir je récupère les enfants et dimanche je les ramène, le week end prochain je fais un aller et retour en province pour aller chercher ma mère, sans oublier un métier à plein temps en journée...

Autant d'occasions du coup pour observer une fragilité sur laquelle je n'avais jamais mis de mots.

Et l'accalmie dans cette vie de dingue est loin, vraiment loin...

 

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