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03.04.2008
ma fille a eu 18 ans hier
Hier, ma fille a eu 18 ans. Je lui ai écris ça :
Le 3 avril 2008
Ma fille,
Tu viens d’avoir 18 ans, et je me suis dis que le moment était propice aux confidences et à la transmission de choses importantes.
Comme tu me l’as dis, « tu as 18 ans, tu peux faire ce que tu veux, mais tu es dorénavant…responsable ! ».
En cette phrase sans doute est résumé l’essentiel : ce que tu gagnes en liberté dans ta vie, tu le perds en sécurité, et vice et versa…
Toujours est-il que je me disais : « je sais écrire, j’ai réfléchis, je vais lui pondre un texte pour ses 18 ans qu’elle gardera toute sa vie ».
Et vois-tu, je n’aurais pas du.
Parce que du coup, l’exercice devenait impossible. Trop d’enjeux, trop de pression. Alors que dire ?
J’ai pensé à tous les livres que j’ai lus. Des milliers. Et tu es bien partie pour battre « mon record ».
J’ai pensé à toutes ces phrases de sagesse que j’ai lues.
Et à bien y réfléchir, la seule qui me vienne est celle de Rainer Maria Rilke (qu’il faut lire adolescent sans rien comprendre et relire dans sa maturité pour comprendre le chemin alors parcouru) qui dit en substance : « Aime tes questions autant que tes réponses » et « apprends à être connecté sur les grands mystères du monde ».
Et là, je crois que je touche quelque chose d’important.
Qui dirait quelque chose comme : « nous sommes bien plus grands que ce que nous pouvons imaginer » et « la vie est immense, il suffit d’en être à la hauteur ».
Nous allons de par le monde.
Portant notre propre poids, tel un insecte ou une tortue.
Le poids de nos constructions mentales, le poids de notre héritage psychique. Jusqu’à ce qu’un jour nous nous disions : « mais ce poids, c’est moi qui me le fabrique. Enlevons ce poids et la vie respirera ».
Je crois que c’est là tout mon parcours.
J’ai passé l’essentiel de ma vie à me dire que « je n’étais pas aimé par mes parents ». « Que je n’avais pas choisi de venir au monde « (préoccupation très adolescente), « que j’étais là pour en chier », « que j’étais maudit », « que le bonheur était pour les autres », « que la vie était cruelle ».
Jusqu’à ce que comprenne que tout cela était du pipeau.
Que la vie était joyeuse, joueuse, belle, immense, enivrante.
Qu’elle était là pour nous enseigner. Mais que dans notre aveuglement nous ne l’entendions pas.
Que même les épreuves les plus terribles étaient là pour nous rappeler à nous-mêmes.
Que tout était leçon et que tout était joie.
Qu’il suffisait de savoir le voir.
« Jour après jour la vie se dénude, et un jour elle chante ».
C’est une des plus belles choses qui me soit venue. Un soir de première rencontre avec la femme qui semble bien être celle de ma vie présente et à venir…
Une de mes plus grandes révélations a été le jour où j’ai compris que nous passons nos vies à chercher des dieux, des miracles, des explications aux choses. Alors que le miracle, tout simplement était la Vie elle-même.
Qu’il y ait « quelque chose » plutôt que « rien ». Des émotions, des couleurs, des bruits, des palpitations, des vibrations. Que le miracle tout simplement était là. Dans le fait d’être en vie plutôt que… « rien ».
Bien sûr il y a la mort. Bien sûr il y a la souffrance. Bien sûr il y a les guerres. Mais sans la mort, sans la fragilité des choses, sans l’éphémère des choses, quelles seraient la valeur de celles-ci ?
L’éternité va mal avec l’émerveillement. Parce qu’alors viendrait l’ennui.
Plus vont les choses, et plus je crois que notre raison d’être en vie consiste à élargir nos champs de conscience. Vieillir c’est conscientiser et élargir notre âme.
Tout rétrécissement est criminel.
Nous devons le faire avec amour. Amour pour notre prochain et amour pour nous-mêmes.
Car je crois vraiment que nous sommes habités par quelque chose de bien plus grand que nous. D’immense.
Qu’en nous repose l’immensité du monde ; et qu’il suffit de la sentir.
La seule limite à notre compréhension du monde, c’est nous-mêmes. Nos barrières. Notre propension à nous confire dans l’impossible. A nous penser dans cet impossible.
Pour ce qui me concerne, il m’aura fallu plus de 40 ans, une analyse et une pratique spirituelle constante ainsi que la rencontre avec une femme… merveilleuse, pour comprendre que tout être mérite le bonheur, que c’est là notre destinée profonde. Que toute autre démarche est une forme insidieuse de sabotage.
Le bonheur c’est vivre pleinement en allant où l’âme nous mène.
Cela ne veut pas dire l’intensité, l’égarement dans des bonheurs faciles et à notre portée.
Cela veut dire la plénitude. Une plénitude pleine et entière dans la conscience de l’éphémère du monde et de nos vies et dans l’immensité de celle-ci.
C’est ainsi : nous sommes fragiles et immenses. Ephémères et porteurs d’une éternité en devenir (dois-je redire que les atomes sont immortels et donc que ce qui nous constitue fondamentalement l’est aussi, alors que notre conscience, elle, est éphémère ?)
Tu viens de la rencontre de deux familles à l’héritage psychique peut-être pas toujours évident.
Que pourrais-je te dire par rapport à cela ?
Qu’en tant que père j’espère que ta génération (donc toi et ton frère) saura s’en affranchir.
Derrière la souffrance et les incompréhensions, j’ai appris à voir l’amour que mes parents m’ont porté. C’est pourquoi je suis là debout avec la force d’aller jusqu’au bout de ce pourquoi je suis en ce monde.
Tu as tout pour être follement heureuse.
Comme le disait je ne sais plus qui, « le bonheur c’est un travail ».
C’est notre responsabilité en ayant à l’esprit que le bonheur ne consiste pas en quelques baies grappillées ça et là. Que c’est plus profond.
Que tu as le droit de dire « non » à certaines choses imposées par le monde. Mais que tu te dois te t’abandonner à l’immensité du monde, à la sublime et terrifiante beauté d’être en vie.
Et je viens de comprendre ceci suite à une faute de frappe : c’est que probablement l’enfer est « d’être envie » alors que le bonheur est « d’être en vie ».
Tu es désormais responsable de ta vie.
Ton bonheur dépend de toi.
Il n’y a aucune fatalité, que des difficultés.
Je sais que, comme tout le monde, tu portes en toi tous les rêves du monde.
Je fais le vœu pour tes 18 ans, que les rêves qui t’habitent soient les bons. Que tu triompheras des monstres et des ombres tapis en chacun d’entre nous, et que ta vie sera lumière, bonheur et accomplissement.
Je sais que tu en es capable.
Je t’embrasse de toute la tendresse d’un père.
Papa.
23:07 Publié dans au fil inconstant des jours | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note





