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13.03.2008

N'aime Que ta Mère

PS liminaire : pour des raisons qui m'échappent, il faut mettre sur stop le morceau de musique de la note précédente pour pouvoir entendre celui de cette note... Et si quelqu'un me dit ce qu'il faut faire pour éviter ça, il sera le bienvenu... (Merci pour la réponse Fred et ravi de vous lire. J'ai beau modifier comme vous le dites, le code html revient toujours à l'initial !)

Je viens de voir sur Canal + la reformation de NTM. C'était chaud.

Entendons-nous bien, je déteste tout le folklore qui va autour du rap. Les wechs de banlieue, les rebelles de bacs à sable qui ne font que plagier des poses et des attitudes vues dans les clips.

Ce truc qui laisse croire à des ados qu'ils se rebellent, alors que de la révolte ils n'en abhorrent qu'un uniforme ne servant que les marchands du temple.

Sauf.

Sauf qu'aux tout débuts du rap en France, j'écoutais Radio Nova et était responsable  jeunesse dans une MJC de la banlieue parisienne. Et que, comme beaucoup de socio-cul de l'époque j'y ai cru : à cette insurrection de la Parole, à cette idée que toute une génération redécouvrait le pouvoir des mots. Il y avait NTM, et entre autre MC Solar avant qu'il ne vire trop show biz à mon goût.

Déjà à l'époque je m'épuisais à expliquer à ceux qui m'employaient qu'il ne suffisait de mettre des billards et des flippers à disposition pour faire de l'animation socio culturelle. Que le mal était plus profond.

Il se trouve, qu'à l'époque, mon ex femme, avec laquelle je vivais encore, était directrice d'un centre social dans une des cités de Seine et Marne de plus triste et sulfureuse réputation, et qu'à l'époque aussi je sortais de plusieurs mois de stage sur certains quartiers de Corbeil...

Dans ce quartier de Seine et Marne à l'époque une des dernières "extérieure" qui restait, après le départ de toutes les institutions, était une soeur à la foi extraordinaire et que personne n'emmerdait jamais. La République était déjà tellement loin...

Mon ex femme me racontait tout ça, et aussi les incroyables solidarités existant dans ces quartiers et qui nous émouvaient sans que l'on ne sache alors trop pourquoi.

C'était à la fin des années 80. Et ceux qui avaient un peu de flair sentaient bien alors que quelque chose échappait à toute logique. Que nous étions en train de basculer vers quelque chose d'effrayant mais que peu alors voulait voir : la violence, la haine des institutions, le repli sur des codes sociaux auto définis, la perte d'influence et des parents et des grands frères...

Je me souviens d'un récit de mon ex femme : un soir à deux heures du matin, un môme de 12 ans qui s'était fait planter à la cuisse d'un coup de couteau, pissant le sang, et refusant qu'elle n'appelle les pompiers "parce que c'était des flics". Il est rentré tout seul chez lui en claudiquant, refusant qu'elle ne le ramène.

C'est ce soir là que nous avons compris que quelque chose était en train de se déleter définitivement.

20 ans après NTM revient.

Et ce qui énerve vraiment c'est que tout n'a fait qu'empirer. Que la Politique de la Ville n'apparait, malgré certains succès, que comme un cautère sur une jambe de bois.

Que ce que le rap des années 80 annonçait, n'était rien d'autre que la France de Sarkozy. Une machine à relégation, posant la sanction comme unique solution et érigeant la contrainte économique comme seule et unique projet de société. Comme dans toutes les sociétés libérales et avec les mêmes résultats.

Une prémonition, une pré révolte devant l'insuportable. L'insuportable étant parfois des deux côtés.

On se souvient alors de notre propre adolescence. De cette chanson de 1975 (je crois) encore d'actualité ("les Barbares" de Bernard Lavilliers) sauf que les jeunes hommes en question ne travaillent plus à l'usine mais sont au chômage. Rêvent-ils encore d'un paradis perdu ?

Et l'on se dit alors que cela s'appelle peut-être la lutte des classes...