06.05.2008
du bonheur
Je sais, les gens heureux n'ont pas d'histoires.
Le bonheur est au mieux insipide, au pire un leurre.
Et en effet, que pourrais-je dire de ces derniers jours, si ce n'est que c'était magnifique ?
Parler des bords de mer, de la lumière, de nos étreintes, des gens adorables chez qui nous étions, des pots le soir sur les terrasses de café ?
L'ennui poindra alors.
Je me suis demandé pourquoi.
Pourquoi le bonheur ennuie à ce point quand on en parle. Le bonheur d'ailleurs n'incite pas à la conversation. Le "ça va ?", "oui, et toi, ça va ?" n'implique aucune question ni réponse complémentaire. Juste une vérification. Alors que "Ca va ?", "non, j'ai fait une crise cette nuit, je ne dors plus depuis 10 jours et mon chat est mort ce matin" implique tout un processus de questionnement compassionel qui nourrira le dialogue.
Plus sérieusement, je pense que ce n'est pas le bonheur qui ennuie mais la façon d'en parler.
Nous sommes héritiers d'une culture et d'une civilisation qui se complaisent dans le tragique. Et qui ont donc travaillé les mots pour le dire, et ce depuis la tragédie grecque.
Nous avons poussé à l'extrème l'usage des mots pour dire la détresse, le manque, le désarroi, la peur (et c'est mots je les ai utilisés plus souvent qu'à mon tour), sans vraiment travailler l'expression du bonheur.
J'ai fait lire à la Dame pendant ces vacances "La Première Gorgée de Bière" de Philippe Delerm et j'en ai profité pour en relire quelques pages. Avec le recul, je pense que l'incroyable succès public de ce livre est du au fait qu'il parle pour une fois de bonheurs simples sans être simpliste.
Car enfin, observons bien, que nous avons la plupart du temps le choix extrêmement limité entre le drame ou la comédie insipide à la béatitude niaise et surfaite.
Le bonheur c'est plus compliqué.
C'est un travail et donc une volonté.
Il nous faut apprendre à trouver les mots pour en témoigner.
Des mots justes, des mots forts et surtout pas des incantations pour d'un trait de plume rayer la douleur du monde.
Oui, j'ai connu des moments de grand bonheur ces derniers jours.
Et je l'avoue, les mots me manquent.
Juste cette phrase peut-être surgie une nuit à répéter un de mes spectacles dans le silence du sommeil de l'autre pendant que la lune baignait la pelouse dehors d'une blancheur d'opale : " il a senti en lui un bonheur à soulever la poussière déposée sur les meubles".
Le bonheur induit une vibration particulière de l'instant présent. Il fait briller les choses, sourire les secondes et nettoie la vitre du réel jusqu'à la rendre d'une transparence qui fait danser la lumière.
Il se contente parfois de choses simples. Comme lire ce livre d'Anna Gavalda dans le canapé du salon dans le silence du soir pendant que la femme que l'on aime lit un autre livre et que Toumani Diabaté égrène ses notes de kora qui résonnent telles en un temple.
Ou cette photo prise dans une église où, par le miracle d'un contre jour, la Dame semble visiter d'une lumière surnaturelle.
Ou bien encore, près de cette abbaye en ruine, dans le champ d'à côté, ce poulain à peine né tétant les mamelles de sa mère.
Ou encore ce petit chien qu'un jeune enfant porte en ces bras sans lassitude une bonne partie de la journée.
Il n'y a alors rien à dire et tout à vivre.
Et c'est peut-être pour cela que le bonheur rend muet.
Parce qu'il ne demande pas de réponse.
Il est une évidence, simple et cordiale qu'il suffit juste de saluer sans familiarité excessive, parce qu'il est à la fois une banalité sans nom et un miracle en puissance.
Un instant qui n'a l'air de rien mais dont nous devons apprendre à nous réjouir sous peine de dépérir dans le quart d'heure qui vient.
23:12 Publié dans au fil inconstant des jours | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
25.04.2008
en vrac, ni repris ni échangé
Se dire au nombre de commentaires sur ce blog (merci à Bérangère d'insister !) qu'à défaut d'être abandonné par moi, il le sera par ses lecteurs,
Penser aux enfants de ELLE que je n'ai jamais revus depuis la séparation. Pas un mail, pas un texto. Penser que c'est compréhensible, penser aussi que je les ai -malgré tout- un peu co élevés pendant plusieurs années ; même discrètement. Se rappeler qu'un de ses fils a mon djembé, que sa fille a probablement encore quelques disques ou livres à moi. Ressenti un pincement au coeur tout en ayant présent à l'esprit que c'est la règle du jeu en la circonstance. Se demander ce qu'ils garderont de moi.
Hier, toujours au sujet de ELLE, enfin accepté qu'ELLE ne répondrait plus à mes lettres, clôturant ainsi une histoire à l'image de ce qu'elle fut : complexe, obscure, et pour le moins incompréhensible malgré ses quelques fulgurances. Un mystère qui retourne vers un autre mystère. Alors, j'ai pris dans le salon la malle dans laquelle j'avais tristement, un soir de rituel voulu comme libérateur, déposé les objets me rattachant à notre histoire et sur laquelle j'allumais une bougie plus souvent qu'à son tour, et je l'ai mise dans une armoire.
Essayer de ne rien oublier en faisant mon sac pour partir en vacances. Quelques jours en famille, puis quatre en amoureux avec la Dame.
Tout à l'heure à la terrasse d'un café, comme tous les ans, perçue enfin l'arrivée du printemps à la vision des corps qui s'abandonnent. Décolletés pigeonnant, jambes exhibées, et même les corps qui paraissent moins lourds. Une légèreté sensuelle qui nous frôle portée par les pollens.
Avouer tout de même un peu gêné, mais ce blog est là pour ça, et puisqu'il est question de sensualité, que la découverte du plaisir anal chez un homme est comme un nouveau continent à explorer ; une révélation que peu d'hétéro avouent mais qui est une vraie merveille, surtout quand elle est partagée avec une femme merveilleuse.
Continuer de lire le dernier Gavalda, un météorite de noirceur surprenant et à ce titre bouleversant. Elle rudoie comme elle ne l'avait pas fait jusqu'alors.
Penser à la lire à Chet Baker et à un court métrage en noir et blanc vu il y a longtemps au cinéma. Un travelling circulaire qui vous retournait le coeur. Un junkie misérable avec des pépites d'or à l'intérieur, lui qui ne jouait jamais qu'à deux doigts de se taire.
Révasser puérilement que cela me plairait qu'elle vienne un jour sur ce blog en laissant un message. Un cadeau comme ça au fil inconstant des jours...
Passer chez ardente patience et à nouveau tomber sur des phrases à la beauté définitive comme : "Je suis submergée par le dialogue des arbres, tous semblent entonner un chant sacré bruissant au-dessus cette forêt de miroirs contre lesquels sont cloués les êtres humains".
Se poser à nouveau la question de l'avenir de ce blog et puis, tourner la tête vers la fenêtre pour profiter enfin du soleil.
15:36 Publié dans au fil inconstant des jours | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : chet baker, anna gavalda, beau père, printemps, sensualité
23.04.2008
qui trop embrase mal éteint
Mon amour,
J'avais ce matin le sexe si dur et un si grand désir de vous.
Mon sexe disait ce qu'il aurait voulu. Vous inonder de sa nacre jouisseuse, boire à votre source, lécher ce rameau qui gonfle sous la langue et durcit sous les doigts.
Je vous voulais soumise, attachée et fiévreuse pour une part ; dominante, exigeante pour une autre.
Je voulais me perdre en nos désirs juste pour perdre la tête. N'être plus qu'un corps tendu, jouisseur, implorant, prenant.
Je vous voulais cambrée, offerte, vos fesses tapant dures contre mon ventre.
Je nous voulais sans culture, sans bienséance.
Je voulais vous baiser mon amour. Vous baiser des pieds jusqu'à la tête, vous inonder, vous retourner, vous faire perdre la raison.
Je voulais me dissoudre, n'être plus qu'une queue, des mains, une peau, un corps.
Je voulais vous offrir cette part de soi que l'on offre à si peu.
Et puis la fièvre retombée, penser juste à ça : rester là longtemps immobile, à contempler calmement vos deux lèvres entrouvertes et la rivière qui coule. Juste ça. Pour une fois tranquillement.
Je n'ai pas tenté d'épancher mon désir. Je savais vous voir ce soir ; j'ai donc garder avec amour ce sexe dur entre mes jambes, comme une manière intime de vous dire mon amour.
17:33 Publié dans les érotiques | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : érotisme
21.04.2008
à propos des autruches
J'étais à la caisse d'un magasin lorsque j'ai reçu un texto de ma fille.
Elle me demandait si j'étais au courant du fait que l'oeil d'une autruche était plus gros que son cerveau.
Je le savais mais l'avait oublié. Je sais qu'elle peut voir une aiguille à coudre à deux kilomètres, et à bien y réfléchir il me semble que cette information n'est pas si anodine que ça.
Qu'il est possible de constater que notre époque est comme l'autruche. Elle voit tout, elle sait tout, mais a du mal à penser ce qu'elle voit. Ce flux d'images ininterrompues jusqu'à l'indigestion. Et lorsqu'elle a peur elle met la tête dans le sable.
Une semaine passée sur une pitoyable banderolle un jour de match de foot, une semaine sur Aymé Césaire, indifféremment, comme si c'était la même chose, que tout cela se valait, comme si tout cela était d'égale importance. Et à ce propos, je n'oublierai pas le matin du lendemain de la mort de Césaire à la radio. Pas d'hommes politiques venant vendre leur salade, pas de spécialistes économiques ; juste un temps à parler poésie, à en entendre et à rappeler que l'on pouvait être homme politique et grande conscience. Que cela a fait du bien.
C'était comme une trouée dans une chape de plomb.
A la réflexion, devient mythe ce qu'une société a perdu. Les loups sont entrés dans les contes lorsqu'ils n'ont plus été autour des maisons et les dieux deviennent mythes lorsqu'ils s'éloignent. Aymé Césaire est entré dans l'espace médiatique quand la poésie s'y est tue, et la politique ravalée à sa plus bête expression.
Dans les zoos, autruches et émeus m'ont toujours mis mal à l'aise. Quelque chose d'imprévisible et même de cruel. Je m'en suis toujours méfié. Et la chair des autruches est tendre certes, mais fade...
Autrement, commencé le dernier Anna Gavalda. Trente pages lues et déjà l'émotion à son comble devant tant de coïncidences. Comme le personnage principal j'ai vécu, mal, avec une femme du même prénom que la sienne, comme lui j'ai passé des journées d'hivers à me les cailler dehors pendant que ma fille faisait du cheval, comme lui je vénère la chanson "Suzanne", et cette chanson qu'il lui préfère que j'ai mis sur ce blog, comme lui je trouve mon adolescence moins cynique et dure que celle de mes enfants. Ma fille m'a dit aussi qu'il va se ressourcer plus tard à l'abbaye de Royaumont. Lieux qu'elle et moi aimons beaucoup.
Un lieu découvert avec ELLE. ELLE qui ne me répond plus, ne me parle plus, comme un prénom définitivement rayé dans un carnet.
Alors, la Consolante pour se consoler, une petite musique qui n'appartient qu'à son auteur. Je ne sais comment ses livres vieillieront. Mais pour l'instant je m'y sens si bien.
Tiens, moi qui ai si peu de temps pour me consacrer à ce blog, je viens de me rendre compte que je viens de rédiger trois notes en une...
15:05 Publié dans au fil inconstant des jours | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anna gavalda, autruche, aymé césaire
15.04.2008
après les infos télévisées
Il y a par jour des centaines de raisons de désespérer du monde.
Rien que pour aujourd'hui, je pourrais citer :
- Les manifs de la faim en Haïti (pas pour les manifs mais pour leurs raisons),
- la réforme de l'assurance chômage (en quelques mots, au bout de six mois de chômage, à partir du deuxième refus, risque de radiation si il est considéré que les offres proposées étaient "fiables" (ce pour quoi deux critères sont définis : le temps de transport et le salaire. Vous remarquerez que l'adaptation des offres d'emploi aux compétences de la personne n'est pas prise en compte. Ce qui revient à cette histoire anglaise, authentique, d'un vétérinaire qui s'est ainsi retrouvé.... à abattre des bêtes dans les abattoirs puisqu'après tout les animaux ça le connaissait...)
-La véritable nasse administrative mise en place par la préfecture de Nanterre pour expulser les sans papiers. Le principe est simple : un immigré en situation irrégulière sollicite la préfecture pour demander sa régularisation et ce comme les circulaires l'y incitent. Pas de problème répond la préfecture. Venez vous voir pour en discuter. Une fois la personne arrivée un véritable dispositif est mis en place : pièce close et à l'écart, personnel de sécurité, arrestation de la personne jusqu'à son expulsion du territoire. Ça ne vous rappelle rien ?
- Les suppressions de postes dans le secteur public et plus précisément dans l'éducation nationale. Ce qui nous vaut ce soir sur France 2 un reportage sur... les enfants surdoués (ben, voyons !)
Je pourrais comme ça en faire un volume de la Pléïade.
Alors je me pose la question : dois-je capituler pour toutes ces raisons de mon envie de bonheur ? Ce monde va à vaux l'eau et j'ai même des enfants. Mais en quoi cela devrait-il mettre à bas ma capacité d'émerveillement sur toutes les autres raisons de déplorer l'état du monde ?
En quoi cela changerait-il quelque chose ?
Le bonheur n'est pas forcément égoïste et les raisons de se réjouir toutes aussi nombreuses que celles de pleurer à chaudes larmes sur la souffrance de l'humanité.
L'inconstance serait l'aveuglement, le repli en sa sphère , l'indifférence. Seule la conscience des deux -prise en compte du délétère du monde et promptitude à l'émerveillement- concomitament, importe.
Ce monde est un des plus violents qui n'ait jamais existé.
Pourtant, à midi, tombé sur cette expression lue et entendue cent mille fois : "la joie de vivre".
Oui, la joie simple et non calculée d'être tout simplement en vie.
Malgré les Sarkozy, les fonds de pension américains, les ultra-libéraux de tout poils, les racistes (en particulier ceux qui n'osent pas le revendiquer), les rabougris, les gestionnaires intégristes (un jour j'écrirai un texte là dessus...), tous ceux qui font passer l'homme après la machine sous les prétextes et les justifications les plus lumineuses qui soient...
Oui, simplement la joie d'être en vie...
20:53 Publié dans au fil inconstant des jours | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
14.04.2008
la minute de récré
J'ai un humour pour les histoires drôles très particulier. Souvent même celles qui me font rire font peu rire les autres.
En tout cas, il y a en a une, entendue récemment, dont je ne me lasse pas (attention c'est court mais dense) :
"Il y a Jésus qui marche sur l'eau.
A côté de lui, il y a Jean qui lui dit :
- T'es con tu sais, elle est super bonne !"
Hilarant is it not ?
17:54 Publié dans au fil inconstant des jours | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
07.04.2008
bleu pétrole
Il est des artistes qui nous accompagnent depuis tellement longtemps, qu'implicitement on fait le choix qu'ils nous accompagnent tout au long de notre vie.
J'écoute de moins en moins de chanson française mais crois pouvoir dire qu'ils sont quatre, qu'avec des fortunes diverses, je laisserai m'accompagner jusqu'au bout : manset, bashung, cabrel et higelin.
Une question de fidélité et de compagnonnage. Des présences tutélaires avec lesquelles quoi qu'il arrive on sait que l'on aura quelque chose à faire. Des êtres avec lesquels on a envie de vieillir (ne serait-ce que parce qu'ils nous accompagnent depuis tellement longtemps), aux destinées desquels on compare les nôtres. Des artistes que l'on n'essaie même pas d'imiter parce qu'en eux une grâce habite, une vibration nous émeut (par exemple chez cabrel une manière unique de faire sonner les guitares acoustiques, reconnaissable entre tous).
Alors, il y a quelques jours, en allant faire les courses, je vois les derniers nés de bashung et de cabrel. Argent ou pas, j'achète (parce là on ne rigole plus), et j'écoute. Collé au mur. Et sur l'album de bashung en plus, le manset très impliqué. Et cette reprise de Dylan, impériale chez l'un, et ces versions de "Suzanne' et de 'il Voyage en solitaire" chez l'autre. Quelque chose chez moi comme des balises.
Tout à l'heure à la télé, il y avait donc bashung. Je le vois arrivé, drôle de petit chapeau sur la tête, lunettes noires, amaigri et... chauve. Je me dis "tiens un nouveau look". Et puis j'entends, la voix un peu sifflante, essoufflée, et remarque qu'il n'a plus de sourcils non plus. Et là un doute m'étreint, une angoisse sourde. Non ? J'espère que ce n'est pas ça. Que c'est juste un look.
Je me souviens qu'adolescent je m'étais dis que le jour où Léo Ferré mourrait, ce jour là je serais un homme. Une sorte de promesse, ou de certitude, un peu infantile. N'empêche que je me souviens de la nuit où sa mort a été annoncée. Ma fille était bébé et dormait dans son couffin à l'arrière de la voiture. Nous rentrions d'une journée bien arrosée chez des amis, c'était un 14 juillet, il était tard.
J'ai entendu la nouvelle et je me suis souvenu de ce que je m'étais dis. Je crois bien qu'en effet, je suis devenu profondément adulte cette nuit là.
Je suis vigilant depuis à être fidèle à quelques uns. En chanson, en musique, en cinéma, en littérature. A une petite famille d'adoption admirable.
J'ai envie de vieillir avec eux le plus longtemps possible. J'espère vraiment que ce n'est qu'un nouveau look, une afféterie somme toute. Et leurs derniers albums sont tellement beaux...
21:56 Publié dans au fil inconstant des jours | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : alain bashung cabrel manset higelin
03.04.2008
ma fille a eu 18 ans hier
Hier, ma fille a eu 18 ans. Je lui ai écris ça :
Le 3 avril 2008
Ma fille,
Tu viens d’avoir 18 ans, et je me suis dis que le moment était propice aux confidences et à la transmission de choses importantes.
Comme tu me l’as dis, « tu as 18 ans, tu peux faire ce que tu veux, mais tu es dorénavant…responsable ! ».
En cette phrase sans doute est résumé l’essentiel : ce que tu gagnes en liberté dans ta vie, tu le perds en sécurité, et vice et versa…
Toujours est-il que je me disais : « je sais écrire, j’ai réfléchis, je vais lui pondre un texte pour ses 18 ans qu’elle gardera toute sa vie ».
Et vois-tu, je n’aurais pas du.
Parce que du coup, l’exercice devenait impossible. Trop d’enjeux, trop de pression. Alors que dire ?
J’ai pensé à tous les livres que j’ai lus. Des milliers. Et tu es bien partie pour battre « mon record ».
J’ai pensé à toutes ces phrases de sagesse que j’ai lues.
Et à bien y réfléchir, la seule qui me vienne est celle de Rainer Maria Rilke (qu’il faut lire adolescent sans rien comprendre et relire dans sa maturité pour comprendre le chemin alors parcouru) qui dit en substance : « Aime tes questions autant que tes réponses » et « apprends à être connecté sur les grands mystères du monde ».
Et là, je crois que je touche quelque chose d’important.
Qui dirait quelque chose comme : « nous sommes bien plus grands que ce que nous pouvons imaginer » et « la vie est immense, il suffit d’en être à la hauteur ».
Nous allons de par le monde.
Portant notre propre poids, tel un insecte ou une tortue.
Le poids de nos constructions mentales, le poids de notre héritage psychique. Jusqu’à ce qu’un jour nous nous disions : « mais ce poids, c’est moi qui me le fabrique. Enlevons ce poids et la vie respirera ».
Je crois que c’est là tout mon parcours.
J’ai passé l’essentiel de ma vie à me dire que « je n’étais pas aimé par mes parents ». « Que je n’avais pas choisi de venir au monde « (préoccupation très adolescente), « que j’étais là pour en chier », « que j’étais maudit », « que le bonheur était pour les autres », « que la vie était cruelle ».
Jusqu’à ce que comprenne que tout cela était du pipeau.
Que la vie était joyeuse, joueuse, belle, immense, enivrante.
Qu’elle était là pour nous enseigner. Mais que dans notre aveuglement nous ne l’entendions pas.
Que même les épreuves les plus terribles étaient là pour nous rappeler à nous-mêmes.
Que tout était leçon et que tout était joie.
Qu’il suffisait de savoir le voir.
« Jour après jour la vie se dénude, et un jour elle chante ».
C’est une des plus belles choses qui me soit venue. Un soir de première rencontre avec la femme qui semble bien être celle de ma vie présente et à venir…
Une de mes plus grandes révélations a été le jour où j’ai compris que nous passons nos vies à chercher des dieux, des miracles, des explications aux choses. Alors que le miracle, tout simplement était la Vie elle-même.
Qu’il y ait « quelque chose » plutôt que « rien ». Des émotions, des couleurs, des bruits, des palpitations, des vibrations. Que le miracle tout simplement était là. Dans le fait d’être en vie plutôt que… « rien ».
Bien sûr il y a la mort. Bien sûr il y a la souffrance. Bien sûr il y a les guerres. Mais sans la mort, sans la fragilité des choses, sans l’éphémère des choses, quelles seraient la valeur de celles-ci ?
L’éternité va mal avec l’émerveillement. Parce qu’alors viendrait l’ennui.
Plus vont les choses, et plus je crois que notre raison d’être en vie consiste à élargir nos champs de conscience. Vieillir c’est conscientiser et élargir notre âme.
Tout rétrécissement est criminel.
Nous devons le faire avec amour. Amour pour notre prochain et amour pour nous-mêmes.
Car je crois vraiment que nous sommes habités par quelque chose de bien plus grand que nous. D’immense.
Qu’en nous repose l’immensité du monde ; et qu’il suffit de la sentir.
La seule limite à notre compréhension du monde, c’est nous-mêmes. Nos barrières. Notre propension à nous confire dans l’impossible. A nous penser dans cet impossible.
Pour ce qui me concerne, il m’aura fallu plus de 40 ans, une analyse et une pratique spirituelle constante ainsi que la rencontre avec une femme… merveilleuse, pour comprendre que tout être mérite le bonheur, que c’est là notre destinée profonde. Que toute autre démarche est une forme insidieuse de sabotage.
Le bonheur c’est vivre pleinement en allant où l’âme nous mène.
Cela ne veut pas dire l’intensité, l’égarement dans des bonheurs faciles et à notre portée.
Cela veut dire la plénitude. Une plénitude pleine et entière dans la conscience de l’éphémère du monde et de nos vies et dans l’immensité de celle-ci.
C’est ainsi : nous sommes fragiles et immenses. Ephémères et porteurs d’une éternité en devenir (dois-je redire que les atomes sont immortels et donc que ce qui nous constitue fondamentalement l’est aussi, alors que notre conscience, elle, est éphémère ?)
Tu viens de la rencontre de deux familles à l’héritage psychique peut-être pas toujours évident.
Que pourrais-je te dire par rapport à cela ?
Qu’en tant que père j’espère que ta génération (donc toi et ton frère) saura s’en affranchir.
Derrière la souffrance et les incompréhensions, j’ai appris à voir l’amour que mes parents m’ont porté. C’est pourquoi je suis là debout avec la force d’aller jusqu’au bout de ce pourquoi je suis en ce monde.
Tu as tout pour être follement heureuse.
Comme le disait je ne sais plus qui, « le bonheur c’est un travail ».
C’est notre responsabilité en ayant à l’esprit que le bonheur ne consiste pas en quelques baies grappillées ça et là. Que c’est plus profond.
Que tu as le droit de dire « non » à certaines choses imposées par le monde. Mais que tu te dois te t’abandonner à l’immensité du monde, à la sublime et terrifiante beauté d’être en vie.
Et je viens de comprendre ceci suite à une faute de frappe : c’est que probablement l’enfer est « d’être envie » alors que le bonheur est « d’être en vie ».
Tu es désormais responsable de ta vie.
Ton bonheur dépend de toi.
Il n’y a aucune fatalité, que des difficultés.
Je sais que, comme tout le monde, tu portes en toi tous les rêves du monde.
Je fais le vœu pour tes 18 ans, que les rêves qui t’habitent soient les bons. Que tu triompheras des monstres et des ombres tapis en chacun d’entre nous, et que ta vie sera lumière, bonheur et accomplissement.
Je sais que tu en es capable.
Je t’embrasse de toute la tendresse d’un père.
Papa.
23:07 Publié dans au fil inconstant des jours | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
31.03.2008
moments de grâce quelque part au bord de la mer
21:16 Publié dans au fil inconstant des jours | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note










